L'analyse de la pratique, c'est quoi ?

Après la seconde guerre mondiale, le « casework », une nouvelle technique de travail, à destination des pratiques sociales est apparu. Ce dispositif correspond à ce que nous appelons aujourd'hui la supervision et assure régulièrement un accompagnement des travailleurs sociaux. Cette technique s'est inspirée particulièrement de la théorie de la relation d'aide et de l'écoute active de Carl Rogers.

Ce fut le médecin, psychiatre et psychanalyste d'origine hongroise, Michael Balint, qui depuis les années 1960 a modifié de façon fondamentale le concept du « casework » en disant: « Il s'agit de laisser tomber tout le dossier scrupuleusement monté, avec enquête sociale, etc., pour parler sans note, de la personne ou de la famille en charge. Il faut donner son opinion sur ce client, dire ce qui vient à l'esprit à propos de lui, ce qui a pu gêner l'assistante sociale dans cette relation, etc. »

Dès lors, Balint a crée à Londres un nouveau dispositif qui proposait au médecins volontaires de se réunir régulièrement et de d'exposer les cas qui leur posaient problème. Pour Balint, il s'agissait de les écouter et de les inviter à procéder par associations libres à aller à l'écoute d'eux-mêmes et à éclairer ce qui dans un cas précis était en jeu sur le plan relationnel. Les autres participants du groupe posaient des questions, renvoyaient au collègue leurs propres idées, sentiments, hypothèses. En même temps, Balint proposait des questions et des interprétations tout en se centrant sur le travail collectif du groupe. L'objectif de ce dispositif était de sensibiliser les médecins aux manifestations inconscientes sur le plan relationnel dans chaque consultation et de leur permettre ainsi une nouvelle attitude d'écoute. C'est ainsi qu'était né le « groupe Balint » qui constitue le point de départ du dispositif d'analyse de la pratique.

L'analyse de la pratique telle qu'elle est pratiquée aujourd'hui, propose au sein d'un espace où la confidentialité est garantie, un temps de parole où les professionnels (enseignement, sanitaire, social ou autres) peuvent dire dans « l'après-coup » ce qu'ils savent ou croient savoir d'une situation précise concernant leur pratique professionnelle et aussi comment ils l'ont vécu ou la vivent encore de façon subjective. Il s'agit donc d'un temps pour parler, poser et pour mieux comprendre avec comme objectif d'ouvrir un champ d'analyse et d'établir une capacité de penser et de considérer autrement ce qui se passe dans le quotidien professionnel sur le plan individuel et collectif.