La Dépression post-partum

Parfois, paradoxalement, la maternité, qui est généralement source de joie, peut amener des femmes dans un état de réelle dépression appelé « Dépression post-partum ». A la différence de la DPP, on entend plus couramment parler du « baby blues » qui n’a rien d’une dépression mais qui présente des similitudes tout en étant structurant pour la jeune maman.

Pour bien expliquer de quoi il s'agit, j'aimerais d'abord citer les auteurs Debray, Granger et Azais qui décrivent ces symptômes dans leur ouvrage: Psychopathologie de l’adulte : « On décrit une réaction dépressive légère qui toucherait entre 50% à 70% des jeunes mamans : le post-partum blues. Il s’agit d’un état d’hypersensibilité émotionnelle, avec crainte de ne pouvoir faire face aux nouvelles tâches, alternant volontiers de façon rapide l’euphorie et le pessimisme. Cette petite crise qui survient entre le troisième et le sixième jour après l’accouchement dure quatre à cinq jours au maximum puis disparaît spontanément. … La vraie dépression du post-partum survient entre trois et quatre semaines plus tard. Aux symptômes classiques, s’associent des phobies d’impulsion agressive à l’égard de l’enfant avec crainte de le toucher, un sentiment d’incapacité et de surmenage devant les nouvelles tâches. … La dépression du post-partum est annonciatrice dans 60% des cas d’un trouble de l’humeur régulier, psychose maniaco-dépressive ou dépression récurrente, qui se développera par la suite. »

Je me propose d’ajouter aux constatations de ces auteurs mes propres observations cliniques, en évoquant comment mes patientes décrivent leur souffrance face à la maternité : des angoisses qu’elles ne peuvent pas expliquer, un dégoût d’elles-mêmes et de leur corps, de la fatigue, des insomnies, des attaques de panique, des sentiments ou perceptions « bizarres ». A cela s’ajoute le sentiment de ne pas savoir faire avec le bébé, parfois la difficulté d’ aimer leur enfant, de l’impatience avec l’enfant, un sentiment fort de culpabilité d’avoir échoué en tant que mère, en tant qu'épouse, ..., l’impression d'être une mauvaise mère, la honte, une absence de désir ainsi que la peur de devenir folle.

Certaines femmes viennent consulter rapidement après avoir accouché, et d'autres seulement quelques années après le début de cette souffrance bien spécifique.

J'entends souvent en séance combien une démarche thérapeutique est difficile à entreprendre pour certaines. J’encourage vivement les jeunes mamans en difficulté à le faire quand même, car plus elles attendent, plus elles risquent de glisser dans une spirale, qui ne les touchera plus seulement elles mêmes mais également leur couple, leur bébé....